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La valeur ajoutée d’un établissement : un indicateur à questionner

Publié par Jean-Marc ROBIN sur 22 Avril 2026, 12:27pm

La valeur ajoutée d’un établissement : un indicateur à questionner

Le ministère de l’Éducation nationale vient de publier les résultats des établissements scolaires, collèges et lycées. Celui qui retient l’attention, c’est la valeur ajoutée (VA), la différence entre les résultats obtenus et les résultats attendus. Si l’écart est positif, on en conclut que l’établissement est performant. Bien sûr, on prend en compte la sociologie du public scolarisé, son indice de position sociale (IPS) : dans un établissement bourgeois de centre-ville, les résultats attendus seront élevés et se rapprocheront de… 100 % pour le bac et un peu moins pour le brevet des collèges. Mais en plaçant cet indicateur au cœur de la lecture publique, on contribue aussi à définir, implicitement, ce qu’est un « bon établissement ».

La première faiblesse de cet indicateur, c’est de ne prendre en compte que la sociologie des élèves, en oubliant que les établissements bourgeois ont aussi un autre atout : des équipes expérimentées et stables. Tous les EPLE n’ont donc pas les mêmes cartes pour faire réussir les élèves, notamment ceux de l’éducation prioritaire, qui emploient beaucoup de contractuels ou de jeunes professeurs (Benhenda, 2020). Dès lors, la comparaison entre établissements peut entretenir une représentation biaisée des performances. Tous les établissements ne jouent pas avec les mêmes règles, ni avec les mêmes ressources.

La deuxième faiblesse, de taille, est que la VA, par définition, est une mesure quantitative : elle fait l’impasse sur la qualité de l’enseignement, sur la qualité de l’expérience collégienne ou lycéenne (François Dubet, 1991). Ce n’est pas la même chose de suivre son cursus dans un établissement qui propose une atmosphère de travail régulée, une ouverture culturelle, de nombreuses options, des séjours ou des sorties pédagogiques. Or, ces dimensions, peu visibles dans les indicateurs, sont pourtant centrales dans la construction des parcours et dans les choix des familles. Les établissements « prestigieux » ne sont pas les plus performants lorsqu’on prend en compte la valeur ajoutée, mais personne ne s’y trompe… et ils continuent d’être particulièrement attractifs pour les familles.

Dernière limite : l’équité. La VA ne dit rien de la dispersion interne des résultats. La moyenne peut être tirée vers le haut par une « élite scolaire », minimisant l’échec cuisant d’une partie des élèves de l’établissement. Le collège ou le lycée contribue-t-il à réduire les écarts entre les élèves boursiers et les non-boursiers ? Entre les garçons et les filles ? À l’heure où la question des inégalités sociales et entre les sexes est déterminante pour la cohésion sociale, le ministère devrait aussi mesurer l’équité. Un établissement peut être performant sans être juste. Les chercheurs en éducation le rappellent : les indicateurs qui mesurent l’effet établissement (Bressoux, 2008) sont pour partie aveugles à la réalité des inégalités d’apprentissage, des cursus visibles et invisibles. Ils éclairent une partie du réel, mais en orientent aussi la lecture.

Pour conclure

Le ministère souhaite mieux accompagner les établissements les moins performants : c’est une excellente démarche… mais il faut aussi se pencher sur la mixité sociale et l’attractivité des collèges ou lycées les plus fragiles. Et puis, mesurer l’équité interne permettrait de renforcer le pilotage pédagogique et de sensibiliser les équipes enseignantes et éducatives. Car, au fond, la question n’est pas seulement de mieux mesurer la performance globale, mais de mieux définir collectivement ce que l’on attend aujourd’hui des établissements scolaires.

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