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Le chef d'établissement: vers un nouveau modèle professionnel ?

Publié par Jean-Marc ROBIN sur 15 Août 2014, 15:50pm

http://www.esen.education.fr/uploads/tx_sqliressourcesesen/normand_r_leadership.gifDans un article publié début décembre 2013 sur le site de la revue Administration et Education, le sociologue Romuald Normand retrace l’évolution du statut des établissements scolaires depuis 1985 et des missions confiées au chef d’établissement.L’auteur ne dresse pas seulement le constat d’un enrichissement parallèle des prérogatives de l’EPLE et des personnels de direction mais recense aussi les risques du métier face au développement des recours devant la justice, qu’ils concernent la sécurité des biens et des personnes, les sorties scolaires, les décisions d’orientation, les enseignements non assurés ou les résultats aux examens.

Le chef d’établissement n’est plus un simple administratif, il pilote la pédagogie, par exemple en ventilant la dotation globale horaire, en composant les équipes enseignantes ou en désignant les professeurs principaux. La création du conseil pédagogique en 2005 a constitué « une avancée dans la reconnaissance de la responsabilité pédagogique du chef d’établissement ». En France, hors éducation prioritaire, le principal ou le proviseur dispose d’une équipe réduite pour l’aider à conduire une politique d’établissement, dans les autres pays il peut s’appuyer sur un véritable encadrement intermédiaire: coordonnateur de niveau, conseillers pédagogiques pour accompagner les jeunes enseignants ou plusieurs responsables de projets.

Romuald Normand plaide pour un leadership distribué associant davantage les professeurs; pour sa part le chef d’établissement doit garantir un climat favorable à la mobilisation des équipes, à la créativité et à l’auto-évaluation. Le développement professionnel (au sens d’une formation continue in situ) est l’une des clés pour élever les compétences individuelles et collectives, le chercheur propose de renforcer les liens entre les établissements proches et favoriser les échanges de pratiques professionnelles. Il observe que, s’agissant des personnels de direction, ces derniers « sont peu enclins à utiliser les réseaux sociaux pour échanger sur leurs savoirs professionnels ».

Habitus en mouvement

On retrouvera dans cet article plusieurs idées convaincantes appronfondies dans Ecole: la grande transformation ? (2013) rédigé avec Francois Muller. Toutefois, on peut reprocher à Romuald Normand d’avoir une approche trop centrée sur la responsabilité du chef d’établissement dans la mobilisation des équipes car la bonne volonté ou le savoir-faire ne suffisent pas. Dans leurs enquêtes Agnes Van Zanten et André Robert (1) insistent aussi sur les habitus professionnels des professeurs en distinguant plusieurs profils d’enseignants : « des mobilisés en puissance » qui, dès le début de leur carrière, sont ouverts aux innovations et au travail en équipe et des « mobilisés conditionnés » qu’il faut en quelque sorte convertir et enrôler.

Par ailleurs, la question du pouvoir (au sens politique du terme) est laissée de côté. Or, nous le savons, une partie du corps enseignant dénie aux chefs d’établissement tout rôle pédagogique et cherche à mobiliser les troupes en brandissant deux épouvantails: celui du petit chef qui concentrerait toutes les prérogatives et celui de la dérégulation et de la désintitutionnalisation de l’Ecole (en somme la fin programmée du service public !) qui se cacherait derrière l’autonomie pédagogique accrue des EPLE.

Mur de Berlin

Au quotidien, on observe fréquemment un mur de Berlin qui coupe les établissements en deux avec d’un côté l’Administration et de l’autre la Pédagogie. Un collège ou un lycée, quelles que soient les qualités incontestables des uns et des autres, donne plus souvent l’image d’une boîte d’œufs ou d’une organisation en silos dans laquelle chacun travaille dans son coin: enseignants, direction, documentalistes, conseiller principal d'éducation, infirmière, conseillers d'orientation-psychologues plutôt que l’image d’une véritable communauté qui a su dépasser préoccupations et intérêts catégoriels pour se souder dans l’intérêt supérieur des élèves et de l’établissement autour d’un projet riche, ambitieux et innovant. Le projet d’établissement ou sa traduction sous forme de contrat d’objectifs font rarement l’objet d’une appropriation collective ni même d’une communication en direction des parents ou des élèves. Pour s'en convaincre, il suffit d’interroger les enseignants et vérifier leur connaissance du contenu du projet de leur établissement ou de consulter les sites des établissements scolaires qui en proposent peu souvent la lecture en ligne. La différence profonde entre les établissements privés et les établissements publics est bien là: d’un côté une communauté et de l’autre une agrégation de professionnels défendant jalousement leur pré carré et inquiets à la perspective de devoir redéfinir leur identité professionnelle et leur affiliation à l’établissement.

Gestion des ressources humaines

Comme l’a appris à ses dépens le ministre de l’éducation, on n'impose rien aux enseignants sauf à courir le risque d’un conflit long et au final peu populaire, reste alors une seule stratégie : inciter, encourager, donner les moyens et accompagner les équipes qui veulent avancer. Cela suppose de reconnaître les efforts et les mérites individuels et collectifs, autrement dit d'inventer une nouvelle gestion des ressources humaines. 

Romuald Normand, Le chef d'établissement du second degré: vers un nouveau modèle professionnel ? AE  (12/2013)

(1) Quand l'Ecole se mobilise... Agnes Van Zanten / André D. Robert (2002)

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