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Les parents d'élèves au collège

Publié par Jean-Marc ROBIN sur 4 Février 2021, 16:58pm

Les parents d'élèves au collège

Si les parents entretiennent des relations suivies dans le premier degré, le collège marque une première prise de distance avec l’institution scolaire. Le rapport à l’Ecole se construit autour de deux axes : le premier est celui de la confiance dans les professeurs et la direction de l’établissement, le second à partir du sentiment de compétence des parents. Schématiquement, on peut identifier quatre grands groupes de parents.

Les parents stratèges issus des CSP + ou du secteur privé (Gombert, 2008)[1], ces parents suivent de près ce qui passe à l’école et s’inquiètent de la qualité des enseignements et de l’éducation dispensée. Ils n’hésitent pas à s’investir personnellement comme délégués de classe ou représentants au conseil d’administration pour augmenter leur pouvoir de négociation vis-à-vis des équipes et de la direction afin d’accompagner la scolarité de leurs enfants.

Les parents pédagos, souvent issus des classes moyennes et du secteur public, ont une approche confiante, ils désirent investir l’Ecole pour aider leurs enfants mais aussi s’impliquer dans la vie de l’établissement pour favoriser un projet ambitieux sur le plan des apprentissages et des valeurs transmises. Leur rapport à la compétition scolaire est ambivalent, ils peuvent la dénoncer comme s’en satisfaire silencieusement quand leurs enfants sont en réussite. Les parents pédagos cherchent à défendre le service public « de l’intérieur » en portant la voix « de tous les parents » comme militants de la FCPE ou d’une association locale.

Les parents dépassés ne sont pas des parents démissionnaires qui ne s’intéressent pas à l’éducation de leurs enfants. Issus des classes populaires, ayant cessé eux-mêmes leurs études relativement tôt, ils font confiance « aux maîtres » auxquels ils délèguent leur autorité. Ils ne recherchent pas le contact avec une institution dont ils comprennent mal le fonctionnement mais ils répondent, pour la plupart, positivement aux demandes de rendez-vous individuels des professeurs ou de la direction[2]. Ils affirment une « bonne volonté éducative » mais ne se sentent pas « armés » pour aider leurs enfants. C’est en direction, notamment, de ses parents que les établissements doivent proposer des actions d’empowerment, du type « mallette des parents ».

Les parents réfractaires ne se sentent pas compétents pour suivre leurs enfants, gardent souvent un souvenir douloureux de l’école, et à ce titre n’ont pas confiance dans l’institution scolaire. Ils se déplacent peu et préfèrent le coup de gueule au téléphone ou par mail, l’école sert de réceptacle aux frustrations. Les parents réfractaires peuvent être issus des classes populaires ou des catégories plus favorisées (artisans, commerçants ou agriculteurs) qui consentent « des sacrifices » pour « compenser » en finançant des cours ou une école privée les « carences de l’école publique ». Dans leurs propos, les menaces sont explicites « je le change d’établissement, si… ». Les réfractaires dénoncent soit une Ecole qui manque de bienveillance et met la pression exagérément sur les enfants, soit une Ecole qui aurait renoncé à faire son travail éducatif et « laisse tout faire aux gamins ».

Dans sa carrière de parent d’élèves, on peut glisser facilement d’une position à une autre mais pas dans n’importe quelle direction. Les parents dépassés peuvent devenir des parents réfractaires s’ils perdent confiance dans l’Ecole, comme les parents pédagos peuvent devenir des parents stratèges et oublier « leurs valeurs » et se figer dans une attitude purement calculatrice et égoïste avec une seule préoccupation : la réussite de leur enfant. Le chemin décrit ici c’est celui, pour les classes populaires ou favorisées, de la perte de confiance dans l’Ecole. Nous faisons l’hypothèse qu’elle progresse et explique - avec la montée du consumérisme et de l’individualisme - les tensions accrues entre les usagers et les représentants de l’Ecole, professeurs ou direction. En 2019, interrogés par un sondage, sur un échantillon représentatif de 1.000 français, seulement 68 % - soit deux personnes sur trois - avaient confiance dans l’Ecole, classée derrière les forces de police (73 %), et bien sûr (et nous n’étions pas en pleine crise du COVID) derrière l’hôpital public (74%). Gagner la confiance des parents ou la regagner devient dès lors un enjeu pour les établissements scolaires, en particulier pour ceux dont la réputation est fragile, c’est-à-dire ni bonne ni mauvaise !

Longtemps l’Ecole s’est crue à l’abri du déclin des institutions (Dubet, 2002) (partis politiques, syndicats, médias, justice, …), aujourd’hui la crise sociale et la hausse des inégalités jettent un sérieux doute sur « ce que fabrique l’Ecole » et pour qui « elle travaille ». Faute de pouvoir opposer au populisme ou à l’élitisme une politique volontariste qui agit pour promouvoir une éducation de qualité pour tous sur l’ensemble du territoire, la défiance ne peut que progresser. L’Etat républicain – de gauche comme de droite – a laissé un marché éducatif et la ségrégation sociale ou scolaire se développer dans et autour de l’Ecole, et cela tous les parents, instruits ou non, le voient et le mesurent. L’Ecole de la République ne tient pas sa promesse d’égalité des chances malgré le travail des acteurs sur le terrain ; parents comme éducateurs en ont conscience. Pour regagner la confiance des familles une politique volontariste s’impose, elle doit s’attaquer en profondeur aux inégalités plurielles et rechercher obstinément la mixité sociale et l’égalité réelle devant les études ; par exemple en faisant en sorte, comme le propose l’économiste de l’éducation Asma Benhenda (2020)[3], d’affecter davantage de « bons profs » et donc des enseignants expérimentés dans les établissements « périphériques ».

Extrait de "Le collège. Cahier d'exercices", Jean-Marc ROBIN, Wilfried DAVID

[1] Nous reprenons ici l’expression du sociologue Philippe Gombert.

[2] Pierre Périer parle, pour sa part, de « parents invisibles » pour la fraction la plus précaire des catégories populaires et immigrées.

[3] Asma Benhenda, Tous des bons profs. Un choix de société, Fayard, 2020

 

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