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Crise COVID -Quelques bribes de bilan. Extrait de la chronique d'Alain Bouvier

Publié par Concours personnel de direction sur 1 Septembre 2020, 23:31pm

Crise COVID -Quelques bribes de bilan. Extrait de la chronique d'Alain Bouvier

L'ancien Recteur Alain Bouvier publie des chroniques régulières depuis le début de la crise. Qu'on partage ou pas son point de vue, son propos est toujours riche, argumenté, mordant et documenté. Nous reproduisons ici quelques extraits. L'intégralité de la chronique peut être téléchargée au format PDF.

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Les jeunes face aux cours à distance

La MAIF, que l’on ne peut pas soupçonner d’être mal intentionnée vis-à-vis de l’école, a lancé une riche étude sur les jeunes face aux cours à distance. Des travaux universitaires, plus académiques, vont suivre car c’est un sujet inespéré pour des recherches. Comme toujours dans ce genre d’enquête, les résultats sont plus nuancés que les a priori idéologiques divers. Par exemple, sur certains points je m’attendais à des chiffres plus faibles et sur d’autres, plus élevés. Je vous laisse juger ce qu’il en est pour vous.

82% des jeunes interrogés ont suivi les cours pendant le confinement et 65% ont trouvé leurs outils adaptés. 50% ont eu avec leurs enseignants des échanges « comme d’habitude » ou « plus que d’habitude ». Principaux problèmes rencontrés : la connexion pour 71% des jeunes et des plateformes inadaptées pour 25% d’entre eux. À la question : « souhaites-tu que cela continue ? » : 34% répondent plus jamais, 49% le voudraient pour une partie du temps et 17% en permanence toute l’année. De plus, 58% considèrent qu’ils ont gagné en autonomie. La continuité pédagogique a été assurée à la fois par 89% des parents et par 80% des enseignants, chiffres qui témoignent d’une forte mobilisation des familles et des enseignants. Enfin, 68% des professeurs voient en plus pour les élèves des gains en compétences numériques et en autonomie mais pas nécessairement pour les apprentissages fondamentaux.

Observons que furent ici mesurés les effets d’une très courte période d’enseignement à distance (deux mois) et surtout qui n’avait été préparée par personne. Je trouverais intéressant que la même enquête soit reconduite dans quelques mois afin de voir en quel sens se font les évolutions.

Lors des récents États généraux du numérique, il a été confirmé que le numérique était devenu incontournable, bien qu’il soit encore très mal maîtrisé et son efficacité non avérée. Évitons tout déni des réalités : son problème principal tient au fait qu’il représente pour les enseignants une rupture avec des certitudes pédagogiques fortement ancrées donc paralysantes et un accroissement de leur charge de travail, avec une toute autre organisation à imaginer, ce qui va donner du grain à moudre aux statuquologues un peu en panne de revendications autres que sanitaires à l’heure actuelle. Selon les États généraux, le numérique aurait eu un impact négatif pour 46% des enseignants interrogées dans le primaire et pour 62% dans le secondaire ; cet écart serait le résultat d’une implication différente pendant la phase de confinement. Qui peut en être surpris ? Durant cette période, 65% des enseignants du primaire considèrent avoir changé de métier et 73% de ceux du secondaire. Ces chiffres font réfléchir. Pour apporter des améliorations significatives à cette situation vient d’être décidé un « Plan de relance » de 250 millions d’euros qui prévoit de recruter 4000 conseillers numériques pour accompagner la population française qui souffre d’illectronisme, dont 1000 dès le premier trimestre 2021. (…)

Quelques bribes de bilan

Même s’il est bien trop tôt pour commencer à faire le bilan d’une crise loin d’être achevée, par bribes des éléments apparaissent en France et ailleurs. Par exemple, cette période inédite a provoqué un net recul de l’équité et de l’inclusion au sein des systèmes éducatifs. C’est le point le plus notable et regrettable. Notons toutefois qu’en Asie, les pays qui étaient prêts ont pu procéder à une véritable et profitable expérimentation à grande échelle et ont moins souffert. Pour les autres, comme chez nous, l’empirisme total s’est trouvé soudainement au pouvoir. Difficile donc d’en tirer de vraies leçons, si ce n’est qu’il est préférable d’anticiper. Néanmoins le système s’est montré résilient.

Mon ami Jean-Marie de Ketele m’a transmis des éléments de deux récentes recherches menées en Flandre, par l’université de Louvain. Selon ce spécialiste de l’évaluation, les éléments négatifs relevés devraient être encore plus marqués en Wallonie où la population est d’un niveau économique moins élevé qu’en Flandre. Selon ces recherches les élèves accusent un retard moyen de 6 mois, avec beaucoup plus d’inégalités que les années précédentes. Il y a eu une importante fracture numérique chez les enseignants. On note la perte d’une partie de la classe, avec une baisse progressive de la motivation des élèves. Ces derniers se sont montrés habiles avec le numérique ludique et de communication, mais pas avec le numérique censé faciliter leurs apprentissages, ni même pour des compétences numériques de base comme l’envoi de mails et surtout de documents joints. Certes, c’était une situation soudaine et non préparée, mais pour d’autres périodes de ce type qui viendraient, comment ces effets négatifs peuvent-ils être atténués ? De semblables recherches ne manqueront pas d’être menées en France pour nous éclairer.

Dans l’Hexagone, que disent les premières évaluations nationales ? Assez complexes, leurs résultats demanderont une analyse fine des spécialistes. Elles confirment déjà la montée des inégalités, en particulier que se creusent les écarts entre les élèves scolarisés en Rep ou vivant dans la précarité avec les autres, effets observables dès le cours préparatoire. Ces évaluation révèlent même une forte hausse des résultats dans les collèges les plus favorisés. Principale difficulté pour les évaluations : les apprentissages des élèves se font sur des temps longs de plusieurs années, alors que la crise et ses effets portent sur une durée de quelques mois à peine. Il semblerait qu’elle aurait eu un faible impact sur le primaire (même en Rep ?), puisque l’on observe un maintient du niveau en début de 6e. La forte implication des enseignants du primaire déjà relevée dans mes chroniques explique sans doute ce fait.

Si, comme d’aucuns le pensent, il faut détruire pour innover, la Covid-19 s’en est chargée et ouvre le champ des possibles. Les expérimentations sont stimulantes, mais pas pour toutes ; elles supposent que soit bien intégré le droit à l’erreur et que soient pratiqués des retours d’expériences, des « retex » comme disent les gens branchés ! L’enseignement privé s’est organisé depuis le printemps dernier pour faciliter la mise en réseau des initiatives pédagogiques ; hélas, on ne discerne rien de tel dans l’enseignement public et je le regrette.

En France, seulement 92% des familles aisées avaient un ordinateur (je suis surpris que cela ne soit pas 100% ; l’obstacle n’est donc pas économique) et 64% des familles populaires en possèdent un, ce qui montre l’importance qu’elles accordent au numérique ; je craignais que ce soit moins. Selon une récente enquête, 25% des enseignants se sont avérés aguerris, autant se sont montrés totalement rétifs et la moitié étaient circonspects, tâtonnants, silencieux, attentistes. Il va falloir en tenir compte en termes de développement professionnel. (...)

 

 

 

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