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Des indicateurs de résultats des lycées. Un peu de mesure dans la mesure.

Publié par Jean-Marc ROBIN sur 23 Avril 2019, 11:29am

Des indicateurs de résultats des lycées. Un peu de mesure dans la mesure.

Nous ne critiquons pas la démarche consistant à mesurer, nous appelons à un peu de mesure pour évaluer l’Ecole. (...) La performance de l’Ecole est globale, le travail des professeurs ne peut pas se résumer à une batterie d’indicateurs, même très sophistiqués.

Chaque année, le ministère de l’éducation nationale (MEN) publie sur son site les indicateurs de résultats des lycées. Contrairement aux médias qui s’en emparent, l’objectif n’est pas d’établir un palmarès mais d’informer le public, les parents, les élèves et les personnels. Difficile de critiquer cet effort de transparence, les usagers du service public comme les personnels ont le droit de savoir si les résultats du service public sont « bons ». Les résultats publiés se focalisent essentiellement sur la réussite au baccalauréat à travers le taux brut, la valeur ajoutée ou la proportion de mentions.

Des indicateurs hémiplégiques

Pour mesurer la valeur ajoutée de l’établissement, le ministère compare les résultats attendus aux résultats obtenus au baccalauréat, les résultats sont en quelque sorte redressés par la sociologie des élèves. On peut s’étonner qu’ils ne soient pas redressés par la sociologie des professeurs, on fait comme si les compétences et l’expérience professionnelle ne comptaient pas, alors que la Recherche indique clairement que, après le milieu d’origine, l’effet maître est majeur dans la réussite des élèves. Les enseignants qui ont de l’expérience maîtrisent mieux les programmes, peuvent en faire une lecture intelligente et savent réguler un groupe classe. Les chefs d’établissement le constatent tous les jours, l’enthousiasme des jeunes ne donnent pas nécessairement « des résultats » en terme d’acquisitions. Les jeunes professeurs découvrent un métier et doivent poursuivre leur formation pour le maîtriser. On oublie encore le rôle de la stabilité des équipes, le travail collectif est essentiel ; dans les établissements à forte rotation difficile de conduire des projets et d’apprendre ensemble, alors que l’intelligence collective est essentielle. Pour leur part, les économistes ne feraient pas l’erreur d’oublier la moitié des intrants (des inputs) pour étudier la valeur ajoutée d’une organisation…

Obligation de résultats et ouverture culturelle

Nous ne critiquons pas la démarche consistant à mesurer, nous appelons à un peu de mesure pour évaluer l’Ecole. Le Ministère réfléchit à enrichir les critères, c’est une bonne chose on peut se pencher sur le climat scolaire, la mixité sociale, etc. Mais, il faut aussi se poser une question plus profonde : l’obligation de résultats et le benchmarking qu’on encourage sans le dire participent-ils à améliorer le système ? La mise en concurrence fait des perdants et n’augmente pas l’efficacité globale de l’Ecole. (Ben Ayed, Broccolichi, Trancart, 2010)

Et puis, le travail d’éducation est un travail très particulier qui ne laisse pas facilement mesurer, surtout à court terme. Le rôle de l’Ecole c’est d’abord de faire partager des valeurs, de donner de la confiance en soi, d’aider les élèves à grandir et à se projeter, de nourrir leur sens critique pour qu’ils choisissent leur vie en tant qu’adultes et, ne l’oublions pas, d’ouvrir les jeunes à la Culture, au Beau, au Patrimoine ou à la Cité. Comment va-t-on le mesurer ? Un exemple : mon professeur d’allemand qui nous a amenés au théâtre en classe de 1ère a changé ma vie, il a sauvé mes vacances de l’ennui et m’a initié à la culture classique. Du point de vue des indicateurs son travail d’ouverture culturelle n’a aucune valeur, cette sortie théâtre n’a pas fabriqué un élève plus performant… mais, pour moi, cette expérience a été essentielle et m’a donné le goût plus large pour la Culture.  

Une école de la confiance

La performance de l’Ecole est globale, le travail des professeurs ne peut pas se résumer à une batterie d’indicateurs, même très sophistiqués. L’estime de soi, l’ouverture culturelle, la confiance dans les autres, le partage des valeurs, le sens critique, l’optimiste, la fraternité, la confiance en l’avenir, l’engagement citoyen, c’est aussi cela le travail de l’Ecole. Comme cela ne se mesure pas ou très mal une conclusion s’impose : il faut faire confiance à l’école et à ses maîtres. Le ministre a raison : construisons une « Ecole de la confiance » car tout n’est pas mesurable !

 

(1) École : les pièges de la concurrence, Ben Ayed, Broccolichi, Trancart (2010), La découverte.

(2) Lire aussi sur notre site : les facteurs de valeur ajoutée des lycées

 

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