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L'évaluation des enseignants par les chefs d'établissement

Publié par Jean-Marc ROBIN sur 3 Mars 2016, 00:00am

L'évaluation des enseignants par les chefs d'établissement

Même s’ils ont rarement accès à la salle de classe, les chefs d’établissement arrivent assez facilement à évaluer les qualités professionnelles des enseignants placés sous leur autorité. Mais cette évaluation, comme toute évaluation, reste fragile et peut être source de conflits. Beaucoup de proviseurs ou principaux, parce qu’ils savent qu’ils ne font pas les carrières, préfèrent soit désinvestir l’opération de notation, soit privilégier l’empowerment. Les pratiques d’entretiens individualisés restent marginales. L’évaluation des professeurs devrait être repensée pour donner toute sa place à l’auto-évaluation et à l’évaluation collective des équipes enseignantes et de l’établissement en y associant les acteurs du bassin d’éducation.

L’OCDE plaide pour faire « bouger les choses » en matière d’évaluation des enseignants. La ministre de l’éducation nationale semble décider à ouvrir ce chantier, pourtant potentiellement explosif comme l’a montré la contestation vive en 2011 du décret de Luc Chatel qui confiait plus de pouvoir en matière d’évaluation au chef d’établissement. Mais avant de « réformer », il faut encore se demander comment cela se passe concrètement sur le terrain. Nous proposons ici de décrire les pratiques des personnels de direction en nous appuyant sur une série d’observations et des entretiens auprès de plusieurs chefs d’établissement.

Note pédagogique et note administrative

Les professeurs sont évalués à la fois par leur Inspecteur Pédagogique Régional (IPR) et par leur chef d’établissement. L’IPR se charge de mesurer la compétence disciplinaire (maîtrise des savoirs savants d’une ou de deux disciplines) et les qualités pédagogiques, c’est-à-dire la capacité à transmettre des connaissances, à les transposer pour favoriser leur appropriation par les élèves. Les IPR cherchent aussi à évaluer la qualité de la relation avec classe, ils veulent savoir si l’enseignant est bienveillant et favorise l’égalité des chances en s’intéressant à l’ensemble des élèves et pas seulement aux meilleurs d’entre eux. Le sociologue Xavier Albanel (2009) a très bien décrit le travail d’évaluation des IPR et en quoi ils partagent une communauté de pratiques. Pour sa part, le chef d’établissement contrôle, à travers la procédure de notation annuelle, les aspects dits « administratifs » : la présence de l’enseignant à son poste de travail (ponctualité et absences), son « efficacité » mais aussi « le rayonnement » du professeur. Ces deux dernières expressions sont suffisamment floues pour laisser aux personnels de direction une liberté d’appréciation. Le chef d’établissement, plus rarement son adjoint, peut aussi bien évaluer l’implication dans le travail devant la classe, la participation à la vie et au projet d’établissement ou encore la loyauté vis-à-vis de l’Institution et de l’équipe de direction. La question posée aux chefs d’établissement est finalement assez simple : a-t-on affaire à un bon professeur ? Faites-le nous savoir par une note et une appréciation cohérentes, nous en avons besoin pour gérer les carrières des enseignants.

La valeur professionnelle des enseignants

Contrairement aux IPR qui visitent les enseignants, les chefs d’établissement préfèrent rester en retrait et accompagnent rarement les inspecteurs dans la classe. Les pratiques semblent évoluer, les principaux de collège plus que les proviseurs, assistent davantage aux inspections. Les chefs d’établissement, en dehors des inspections, ne peuvent pas franchir la porte de la salle de classe sans y être invités ou sans l’accord des professeurs. S’ils s’avisent à en faire la demande, les enseignants leur rappelleront que l’évaluation d’une séquence suppose de connaître les programmes, la didactique de la discipline et de maîtriser des savoirs pointus. Les personnels de direction ne sont pas aux yeux des enseignants qualifiés pour évaluer un cours de mathématiques, de français, d’histoire, etc. De plus, une partie des personnels de direction sont d’anciens conseillers d’éducation, d’anciens enseignants du premier degré ou des ex conseillers d’orientation, leur légitimité pédagogique est encore plus faible. Même s’ils n’assistent pas aux inspections, les personnels de direction peuvent étayer leur jugement professionnel sur leurs échanges avec les IPR et les rapports d’inspection dont ils sont les premiers destinataires et lecteurs. Ils n’hésitent de moins en moins à téléphoner aux IPR pour signaler un dysfonctionnement. Si le diagnostic est partagé, les personnels de direction espèrent qu’une visite suivie d’un entretien permettra de « recadrer » le professeur défaillant. Les chefs d’établissement peuvent également s’appuyer sur les propos des enseignants. En conseil de classe, les professeurs parlent des élèves et de leur niveau, les professeurs trop négatifs et véhéments sont soupçonnés de reporter sur leurs élèves leurs propres difficultés professionnelles. (....)

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Cet article est une version retravaillée d'un extrait de Professeurs et chefs d'établissement. Dans les coulisses d'une relation professionnelle (2014)

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